Le maître est parti cueillir des herbes (Moundarren, 2001). Cette phrase simple pour exprimer l'absence de la personne que l'on vient visiter m'inspire une certaine quiétude de l'homme face à la nature. L'important n'est pas de voir le maître, mais de savoir qu'il est là, en harmonie avec son environnement.

Ce recueil de poètes chinois est la source même du haïkaï qui a inspiré les Japonais.

Bashô inscrivit sur le portrait du célèbre Chuang Tzu :

もろこしの俳諧とはん飛ぶ小蝶
morokoshi no / haïkaï to han / tobu kochô

à propos du haïkaï de Chine
j'interroge
le petit papillon qui voltige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de Wang Wei (701-761)

tout le long du chemin
le parfum
du printemps

de Li Po (701-762) suçons la substantifique moëlle :

allègre
dégagé des affaires du monde
ici, enfin libre

on s'affaire
on s'affaire
pour chercher quoi au juste ?

je danse
en me mesurant
au soleil couchant

la tristesse du voyageur
dans la coupe
soudain se dissipe

de Han Shan (8e s.)

à contempler le vide
s'épanouit
le silence

de Wu Yong (9e s.)

dans la cour
des fleurs sont tombées
l'ombre des arbres s'est déplacée

de Hsiu Tao yong (9e s.)

le vin m'a donné soif
j'ai très envie
de thé

de Liu Pan (1023-1089)

sur les feuilles des lotus
le bruit
de dix mille gouttes

etc.
La sagesse chinoise relève aussi d'un certain épicurisme... le poète reste indifférent aux affaires des hommes et se plonge dans la contemplation de la nature, bien plus importante à ses yeux.