28-02-2007

LA VIOLETTE : SUMIRE

Viola odorata, la violette odorante, au subtil parfum et à la délicatre robe, fleur tendre de mon enfance.

Chaque printemps, je la retrouvais avec bonheur, fidèle au rendez-vous, redécouvrais cette odeur si exquise qui flattait mes petites narines. J'attendais sa venue avec impatience. Tous les matins, je me levais à la fraîche pour la voir éclore un peu plus. Raffinée, elle ne se dévoilait pas tout de suite la discrète. Quand elle était prête, je la cueillais, ne pouvant résister à son charme. Dans son bel écrin, un joli vase cloisonné, qui trônait sur la table du salon, hélas, elle ne résistait pas longtemps. Vague souvenir, vague de plaisir, sur ses ondes parfumées vogue mon cœur.

la violette-
en respirant son parfum
désir de cueillette

Ce qui explique le choix de ce jour : la violette célébrée au Japon.

de Bashô

山路来て 何やらゆかし すみれ草
yamaji kite / naniyara yukashi / sumiregusa

sentier de montagne
violette - un charme
venu on ne sait d'où

*

de Ryôkan

あげ巻の 昔をしのぶ すみれ草
agemaki no / mukashi o shinobu / sumire sô

tendre souvenir :
la coiffure des enfants –
violettes en fleur

*

de Chiyojo

駈出る 駒も足嗅ぐ すみれかな
kakederu / koma mo hashi kagu / sumire kasa

les chevaux après le galop
reniflent leurs pattes
Ah ! les violettes

*

うつむいた 所が台や すみれ草
utsumuita / tokoroga dai ya / sumiregusa

tête baissée
sur l’autel du bouddha
les violettes

*

根を付て 女子の欲や すみれ草
ne o tsuite/ onnago no yoku ya/ sumire kusa

désir de femme
profondément enraciné
les violettes

*

de Naojo

la cueillir quel dommage !
la laisser quel dommage !
Ah cette violette !

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24-02-2007

Izumi Shikibu XIe siècle

つれずれと空ぞ見らるる想う人
天降り今ものならなくに

tsurezure to sora zo miraruru omou hito
amakudari kon mono naranakuni

Triste et désœuvrée, je me surprends à contempler le ciel
d'où pourtant il ne descendra pas

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

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23-02-2007

Les fruits du Gingko, de Kenji Miyazawa (1896-1933)

gingkoKenji Miyazawa : une météorite dans le ciel littéraire japonais. Il dédia sa vie courte et ardente à sa ferveur bouddhique, à sa créativité inouïe (auteur de plus d'une centaine de contes, de milliers de poèmes), à son dévouement aux paysans pauvres de sa région déshéritée.

Musicien, scientifique et mystique, poète et militant, il disait « ... poètes nouveaux : l'énergie renouvelée, transparente, prenez-la des nuages, de la lumière, des tempêtes... »

公孫樹の実 ichô no mi
Les fruits du Gingko
est un recueil de nouvelles, toutes plus poétiques les unes que les autres où l'auteur donne vie aux arbres et aux animaux. Voici la fin de la nouvelle, dont le titre est tiré, les fruits du Gingko, "l'arbre aux quarante écus", célébré en Orient pour ses vertus médicinales.

 

... Tous les enfants s'égouttèrent ensemble des branches, comme de la pluie.

" Cette année encore ils se disent au revoir, au revoir ! " riait le vent du nord qui fit étinceler son manteau glacé de miroirs avant de s'élancer au loin.

Comme un joyau qui se consumerait dans le ciel de l'est, formidable d'énergie, le soleil s'épanchait, radieux, sur la mère-arbre pleine de tristesse et sur ses enfants partis pour leur voyage.

終 owari = fin de la nouvelle

Un ouvrage extrêmement recommandable (Le serpent à plumes, collection "motifs", 2006).

La lecture de ces nouvelles m'a rappelé un autre auteur, italien, Italo Calvino, et son Marcovaldo.

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Marcovaldo, d'Italo Calvino

Un grand classique italien qui fait partie de mes livres de chevets.

En relisant les classiques japonais, Les fruits du Gingko de Kenji Miyazawa, je ne peux que repenser à ce personnage qui m'a ému par sa naïveté et son amour de la nature.

Marcovaldo est manœuvre, pauvre et chargé de famille, mais il rêve beaucoup. À la nature, surtout, qui n'est guère présente dans l'univers d'asphalte et de béton où il lui faut vivre. Cela lui vaudra une suite d'aventures et de mésaventures, où on le verra successivement cueillir des champignons à l'arrêt du tram, prendre un bien curieux bain de sable, s'amouracher d'une plante d'appartement singulièrement envahissante, être amené - par un chat dont il est l'ami et, accessoirement, par une truite - à rencontrer une étrange vieille marquise, et faire bien d'autres choses encore.

La force de l'écriture d'Italo Calvino apporte le rire et la fantaisie avec une élégance naturelle. Dans cette oeuvre inclassable et pleine d'humour, l'auteur montre qu'il y a de l'intérêt et de la poésie en toutes choses. Il suffit de savoir regarder.

Un livre extrêmement recommandable pour tous ceux qui sont au monde et ne l'ont pas encore lu.

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21-02-2007

Murô Saisei (1889-1962)

雪降ると
いいしばかりの
人静

yuki furu to / iishi bakari no / hito shizuka

il neige ! Vient-on de dire dans le silence

Deux personnes assises tranquillement l'une en face de l'autre dans une pièce dont les portes à glissière sont hermétiquement closes. On ne voit pas la neige tomber. Les sens en éveil, un des deux personnages perçoit intuitivement le monde qui se trouve de l'autre côté des shôji, et replonge dans le silence après avoir seulement laissé échapper son exclamation. Le monde des sentiments qui emplissait la pièce en devient encore plus intense. La personne qui vient de parler ne peut être qu'une femme !

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

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17-02-2007

Le maître est parti cueillir des herbes

Le maître est parti cueillir des herbes (Moundarren, 2001). Cette phrase simple pour exprimer l'absence de la personne que l'on vient visiter m'inspire une certaine quiétude de l'homme face à la nature. L'important n'est pas de voir le maître, mais de savoir qu'il est là, en harmonie avec son environnement.

Ce recueil de poètes chinois est la source même du haïkaï qui a inspiré les Japonais.

Bashô inscrivit sur le portrait du célèbre Chuang Tzu :

もろこしの俳諧とはん飛ぶ小蝶
morokoshi no / haïkaï to han / tobu kochô

à propos du haïkaï de Chine
j'interroge
le petit papillon qui voltige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de Wang Wei (701-761)

tout le long du chemin
le parfum
du printemps

de Li Po (701-762) suçons la substantifique moëlle :

allègre
dégagé des affaires du monde
ici, enfin libre

on s'affaire
on s'affaire
pour chercher quoi au juste ?

je danse
en me mesurant
au soleil couchant

la tristesse du voyageur
dans la coupe
soudain se dissipe

de Han Shan (8e s.)

à contempler le vide
s'épanouit
le silence

de Wu Yong (9e s.)

dans la cour
des fleurs sont tombées
l'ombre des arbres s'est déplacée

de Hsiu Tao yong (9e s.)

le vin m'a donné soif
j'ai très envie
de thé

de Liu Pan (1023-1089)

sur les feuilles des lotus
le bruit
de dix mille gouttes

etc.
La sagesse chinoise relève aussi d'un certain épicurisme... le poète reste indifférent aux affaires des hommes et se plonge dans la contemplation de la nature, bien plus importante à ses yeux.

 


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16-02-2007

Tagami Kikusha (1753-1862)

月を傘
にきて遊ばばや
旅の空

tsuki o kasa / ni kite asobabaya / tabi no sora

avec pour seul chapeau la lune
je voudrais tant partir !
ciel du voyage

Kikusha venait de perdre son mari, à 28 ans, et projetait de partir pour un long voyage. Ce haïku sous-tend sa volonté de vivre.

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

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Matsumoto Takashi (1906-1956)

とっぷりと
後ろ暮れいし
焚火哉

toppuri to / ushiro kure ishi / takibi kana

nuit noire soudain derrière ce feu dehors

Né dans une illustre famille d'acteurs nô, sa faible constitution l'empêcha de s'y consacrer et le nô restera toujours un rêve. Ses poèmes ont toujours quelque chose de grave et de contenu.

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

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Sôma Senshi (?-1976)

答礼の
微塵となりて
さらんとす

 
tôrei no/ mijin to narite/ saran to su

fine poussière
dans le soleil d'hiver
tel je voudrais partir

Un jour d'hiver serein et limpide, la poussière se répandant dans l'atmosphère s'est changée en lumière. Ce haïku est un haïku d'adieu, composé sur son lit de mort après l'ablation d'une tumeur cancéreuse à l'estomac.

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

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Yosa Buson (1715-1783)

斧いれて
香に驚くや
冬木立

  ono irete / ka ni odoroku ya / fuyukodachi

un coup de hache
l'odeur surprend
arbres d'hiver

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