26-08-2008

Kyôko Terada (1922-1976)

Maladie, mort, guerre sont les thèmes abordés par Kyôko Kerada. Née à Sapporo, tuberculeuse à dix-sept ans, elle a commencé à écrire en 1944 et a publié quatre recueils de haïkus.

セルを着て遺書は一行にて足りる
seru o kite isho wa ichigyô nite tariru

je porte un kimono de serge
une ligne suffira
sur mon testament

*

友の死がとどく銭湯真裸に
tomo no shi ga todoku sentô mahadaka ni

on m'annonce la mort
de mon amie - je suis nue
dans les bains publics

*

水打つや生きる父より亡母恋し
mizu utsu ya ikiru chichi yori bôbo koishi

l'arrosage...
Je veux revoir ma mère morte
plutôt que mon père vivant

*

et un sujet très féminin.

末枯れやねむりの中に生理くる
uragare ya nemuri no naka ni seiri kuru

plaine dénudée...
Mes règles viennent
pendant mon sommeil

Extraits de Du rouge aux lèvres (La Table ronde, 2008).

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23-08-2008

うれし涙 ureshi namida, de Naomi Ito

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Une larme de joie, ce petit livre plein de poésie, est une somme d'instants, ou de fragments (comme dirait un ami) de bonheur. Les dessins à l'aquarelle, très sobres, presqu'enfantins, retracent de purs moments d'émotion, devant une fleur, à l'écoute d'un mot, devant une tasse de thé, sous la lune et le bonheur de partager avec les autres.

L'écriture manuscrite en japonais très fine, parfois illisible, est complétée par l'illustration. Une édition bilingue japonais-français que je recommande à tous les amateurs d'art et de haïkus.

Naomi Ito est est née en 1971 et a vécu à Paris.

ISBN4-87892-188-9

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quand je te vois je me pâme....
la fleur s'épanouit.





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une fois je fais du thé pour toi
une autre fois tu en fais pour moi
c'est comme ça la vie.




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merci
merci
merci
je dis de toute mon âme ce mot

Et je dis aussi merci merci merci à Naomi Ito pour cette joie partagée.

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22-08-2008

Santoka, Zen à pas comptés (2)

Santoka, dans son journal de la mendicité (1930) écrit :

« S’il y a une montagne, je regarde la montagne.   
s'il pleut, j’écoute la pluie.                        
Printemps, été, automne, hiver,                              
demain sera bon et                                                
hier soir était bon aussi ».                                    

山あれば山を観る    yama areba yama o miru
雨の日は雨を聴く    ame no hi wa ame o kiku    
春夏秋冬               haru natsu aki fuyu   
あしたもよろし         ashita mo yoroshi
ゆふべもよろし        yûbe mo yoroshi

Il écrit un peu plus tard.

« Je me sens solitaire le jour où je ne marche pas.
Je me sens solitaire le jour où je ne bois pas.
Je me sens solitaire le jour où je n'écris pas de poème.
Je ne me sens pas solitaire même si je marche seul,
même si je bois seul, même si j'écris seul un poème. »

 

 

 

 

 

歩かない日はさみしい、 arukanai hi wa samishii
飲まない日はさみしい、nomanai hi wa samishii
作らない日はさみしい、tsukaranai hi wa samishii
ひとりでいることはさみしいけれど  hitoride iru koto wa samishii keredo,
ひとりで歩き、ひとりで飲み、ひとりで作って hitoride aruki, hitoride nomi, hitoride tsukutte
いることはさみしくな iru koto wa samishikunai.

 

 

 

 

Ses haïkus sont de forme libre et orale, il utilise souvent le temps passé, contrairement aux classiques, qui, lorsqu'ils utilisent un verbe, l'écrivent au temps présent.
Concis, en peu de mots, il dit l'essentiel d'une manière narrative, une belle poésie minimaliste.

へうへうとして 水を味ふ
heu heu toshite mizu o ajiwau

tout en chancelant
je goûte l'eau

*

ぬれててふてふどこへゆく
nurete tefutefu doko e yuku

 

le papillon mouillé
où va-t-il ?

*

 

酔うてこほろぎと寝てゐたよ
youte jôrogi to nete itayo

saoul
j'ai dormi avec un grillon

*

かなかなないてひとりである
kanakana naite hitori de aru

quand la cigale chante
je me sens seul

*

 

つかれた脚へとんぼがとまった
tsukareta hashi e tonbo ga tomatta

sur ma jambe fatiguée
une libellule

*

鉄鉢の中へも霰
teppachi no naka e mo arare

même dans mon bol
il grêle

*

分け入れば水音
wakeireba mizu oto

j'avance plus loin
le bruit de l'eau

*

秋風の石を拾う
akikaze no ishi o hirou

vent d'automne
je ramasse une pierre

*

笠も漏りだしたか
kasa mo moridashitaka

même mon chapeau
commence à filtrer

*

私にあつては、生きるとは句作することである、句作即生活だ。 
watashi ni atte wa, ikiru to wa kusaku suru koto de aru, kusaku sunawachi seikatsu da.
Pour moi, vivre c'est composer des haïkus. Faire un haïku c'est également la vie.

vocabulaire spécifique
kasa = chapeau de paille du moine
teppachi = bol en fer du moine mendiant
kanakana = cri de la cigale.
jôrogi = grillon
tefutefu = papillon

Extraits de Santoka, Zen à pas comptés (Éditions Arichi, 2008).

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21-08-2008

Santoka, Zen à pas comptés

Santoka (1883-1940), moine et poète, buveur occasionnel, pratique la mendicité et la simplicité. Ses haïkus résonnent de mots plusieurs fois répétés (boutons d'or, cerisier, pissenlit, coucou, riz, etc.), comme une incantation, il joue avec les sonorités et les oppositions. Quelque soit la situation, il prend plaisir à son environnement.

 

 

 

 

あるけばきんぽうげ  すわればきんぽうげ
arukeba kinpôge  suwareba kinpôge

marcher sur les boutons d'or
m'asseoir sur les boutons d'or

-

 

さくらさくら さくさくら ちるさくら
sakura sakura saku sakura chiru sakura

cerisiers cerisiers
cerisiers en fleurs
cerisiers dispersés

-

 

 

 

ふまれてたんぽぽ ひらいてなんぽぽ
fumarete tanpopo hiraite tanpopo

écrasé le pissenlit
ouvert le pissenlit

-

 

 

 

 

あるけばかつこう いそげばかつこう
arukeba katsukô isogeba katsukô

marcher au chant du coucou
me presser au chant du coucou

-

しみじみ食べる  飯ばかりの 飯である
shimijimi taberu meshi bakari no meshi de aru

je mange tranquillement du riz
un simple repas de riz

-

もりもりもりあがる 雲へ歩む
mori mori mori agaru  kumo e ayumu

je marche vers les nuages
qui montent montent lentement

-

ふくろうはふくろうで
わたしはわたしでねむれない
fukurô wa fukurô de
watashiwa watashide nemurenai

chouette et chouette
moi et moi insomniaque

-

安か安か 寒か寒か 雪雪
yasuka yasuka samuka samuka yuki yuki

tranquille et tranquille
froid et froid
neige et neige

* Libre interprétation de neko, la traduction est particulièrement difficile dans ce genre de cas.
Extraits de Santoka, Zen à pas comptés (Éditions Arichi, 2008).

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17-08-2008

Bois de saint Cucufa

Chaleur en ville. Pour fuir, le bois rafraîchissant de saint Cucufa et son étang.

le canard
après lissage
s'endort

*

immobile
le héron sur la branche
se balance

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risées brillantes
le nuage efface
l'eau

*

son de la pierre
frappements répétés
de la coquille

*

frappée
contre la pierre
la coque se brise

*

au bout du bec
la dépouille torsadée
de l'escargot

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sorti de force
de sa coquille
l'escargot

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15-08-2008

Bord de mer

vent de sable
les kit surfeurs
sur les flots

IMG_1565B*

suspendu
entre ciel et mer
le surfeur

*

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des arcs de cercle
se croisent dans le ciel
ballet aérien

*

un arc de cercle
à la rencontre du croissant
décroche la lune

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*

fracas du vent
le battant de la fenêtre
me tient en éveil

*

chateau fort
la marée montante prend
la tour crénelée

*

rond ou crénelé
le seau et le moule
font des tours de sable

*

embruns et sable
sur les lunettes de vue
cerf-volants flous

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14-08-2008

Bord de mer (3)

allée arborée
la soie froissée
sur le trottoir

*

l'arbre à soie
dans ce monde inconnu
une connaissance

合歓木はこの見知らぬ世に知識かな
nemu no ki wa / kono mishiranu yo ni / chishiki kana


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*

les fleurs
piétinées
de l'arbre à soie

足踏みしている合歓木の花
ashibumi shite iru nemunoki no hana

*

place de l'église
la femme dans son livre
odeur de poubelle

*

sous les platanes
la musique du manège
le cri des enfants

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13-08-2008

Bord de mer (2)

platane sans tête
derrière un mat avance
le long de l'allée

*
port de plaisance
madame astique le pont
monsieur branle

*
bitte d'amarrage
deux gamins s'amusent
à saute-mouton

*

marée basse
massage des pieds
sur les vers de mer

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*

entre mer et ciel
les drapeaux des balises
tournés vers l'est

*
yeux fermés
le tapotement des mains
tassant le sable

*

derrière le môle
des bâtons alignés
tombée du soir

*

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le surfeur
assis au bord du sable
devant le couchant

*
la cane à pêche
jusqu'à être invisible
dans le soleil

*
la mer moutonne
une planche dans l'écume
des seins vagues

*
jour de grand vent
planchistes et voiliers
sur la mer

*

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penchés sur le pont
pêcheurs et balances
des hauts et des bas

*

un zodiac
file sur la brillance
du soleil couchant

*

la mer recouvre
le reflet des voiliers
avant le départ

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