31577560_pCet animal, appelé en japonais tanuki, est une espèce de raton laveur (canis viverrinus, nyctereutes, ou procionides). Dans la légende, c’est avec le renard, la bête qui fait le plus de mal à l’humanité inoffensive.

Tanuki est doué de forces surnaturelles et de pouvoirs magiques ; il peut se métamorphoser et prendre des formes très variées, comme le démontreront les quelques légendes reproduites ici et choisies dans le grand nombre de celles qui sont disséminées dans les livres japonais anciens et modernes.

Tanuki est toujours à l’affût d’un mauvais coup ; toujours prêt à molester les paisibles paysans et à narguer les pêcheurs. Embusqué au bord de la route, il bat, avec ses pattes, son ventre gonflé en tambour (tanuki no hara tsuzumi), imitant le son d’un gong de temple ou d’auberge, pour égarer les voyageurs attardés dans la nuit.

Cette malfaisante créature est souvent représentée déguisée en pèlerin ou en prêtre (tanuki bôzu), ou vêtu d’une feuille de lotus, avec une fleur comme couvre-chef, tenant une bouteille et une note de dépenses de sake. Une « trinité » de gros ventres est formée par Tanuki au ventre gonflé, un poisson ventru appelé fugu et Hoteï, le dieu du Contentement.

Le blaireau de la légende japonaise possède la curieuse faculté de pouvoir distendre son scrotum d’une façon extraordinaire ; il s’en sert parfois pour s’en envelopper, comme il le ferait d’un kimono ! Cet organe, qui peut atteindre la largeur de huit nattes (hachi jo kijiki kintama), est quelquefois employé par l’animal comme ombrelle et même comme arme contre un malheureux chasseur, que l’on voit représenté avec son fusil, complètement recouvert par le scrotum du blaireau sous lequel il est en train d’étouffer ! Ces sujets intéressants et curieux se rencontrent assez souvent parmi les netsukes ; mais les collectionneurs peu ou point initiés à cette légende, prennent invariablement l’extraordinaire scrotum pour une… feuille de chou.

La croyance dans les transformations du blaireau et dans ses pouvoirs surnaturels est encore, de nos jours, très répandue dans la population nippone. Au Japon, le cri de cet animal est généralement considéré comme un présage de mort, de maladie ou de dispute.

Parmi les fables enfantines, ce sont surtout « La bouillotte enchantée » (bum-buku cha-gama) et « La montagne qui craque » (kachi kachi yama), dans lesquelles le blaireau joue un rôle prépondérant et où les artistes japonais ont puisé une foule de sujets pour leurs sculptures, ciselures et gravures.

Première légende.

… Un capitaine de la garde impériale, nommé Saïtô Sukeyasu se trouvant un jour à la chasse, fut obligé de passer la nuit dans une vieille chapelle qui, suivant les racontars des paysans, était habitée par un monstre anthropophage.

Ayant préféré risquer l’aventure plutôt que de rester dehors dans la tourmente de neige, le capitaine sommeillait déjà, lorsqu’il entendit des pas dans le jardin. Il regarda par une large fente de la porte à coulisses et distingua, dans l’obscurité, un prêtre bouddhiste vêtu d’ noir et d’une taille gigantesque. Arrivé près de la porte, le géant passa au travers de la fente un horrible bras tout velu, dont il s’apprêtait à asséner un coup sur la tête de Sukeyasu, quand celui-ci, qui se tenait sur ses gardes, s’en saisit et ne le lâcha plus ! Dans le combat qui s’ensuivit, la porte, poussée hors de ses glissières, tomba sur le monstre. Sukeyasu se mit alors à appuyer de toutes ses forces sur son adversaire qui, peu à peu, devint de plus en plus petit, et son bras de plus en plus mince ; à la fin, il se mit à râler et bientôt ne bougea plus.
Alors Sukeyasu appela ses domestiques qui, à la lueur des lanternes, virent que le prêtre n’était autre qu’un vieux blaireau. Depuis lors, la chapelle ne fut plus hantée…

Ko-ji Hô-ten, dictionnaire à l'usage des amateurs et collectionneurs d'objets d'art japonais et chinois (Hacker Art Books,  New Nork 1965).

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" Pompoko" est le son que produit le tanuki lorsqu’il joue du tambour sur son ventre rond, signe de prospérité. Porte-bonheur et symbole de bon vivre, sa représentation est souvent située à proximité des bars et restaurants.

Les effigies de terre cuite le représentent avec un ventre bedonnant de couleur blanche et d'énormes testicules (synonyme de prospérité), une coiffe sur la tête et une bouteille de saké à la main.

Cet animal devenu un personnage dans la mythologie populaire japonaise s’est donc taillé une place de choix au cœur de l’animation nipponne. Sa maladresse attendrissante, son caractère joueur et roublard, ses airs de peluche vivante constituent un terrain idéal lorsqu’un studio veut mettre en place une histoire riche en rebondissement.

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Aux premiers beaux jours, l’imagerie populaire le représente battant du tambour sur son ventre. Par contre, l’hiver venu, il finit souvent en « soupe de raton laveur » breuvage apprécié en cette saison, quoique son odeur particulière n’en fasse pas un plat particulièrement savoureux. Sa fourrure est appréciée, de même que ses poils qui servent à faire des brosses à dents et des pinceaux.

Quelques haïkus tirés de l'almanach poétique traduit par A. Kervern, Le vent du Nord :

鞠の如く狸おちけり射とめたる
mari no gotoku / tanuki ochikeri / itometaru

une balle de jeu bondit
c'est le raton laveur
quand j'ai tiré*

[Hara Sekitei 原石鼎 1886-1951]

~

子狸も親に似てゐるふぐりかな
kotanuki mo / oya ni nite iru / fuguri** kana

les petits ratons laveurs aussi
à leurs parents ressemblent
comme les pommes de pins

[Aoki]

tanuki est un kigo d'hiver

* il s'agit du tir à l'arc.

** fuguri : testicules, traduit par pommes de pin