25-05-2007

Anthologie de haïku - Roumanie 2007

anthologie_haiku

     Je suis très heureuse d'avoir participé à ce premier concours et de figurer parmi les gagnant(e)s, au côté de Yves Brillon et Michel Duflo. La récompense est l'édition trilingue (roumain, anglais, français) d'une anthologie internationale de haïkus, Cigales et Chrysanthèmes. Merci aux membres du jury et vive la Roumanie, un beau pays que je ne connais pas encore.

 

Section française

 

Premier Prix- Fleur DAUGEY - France

 

Poussière d'Afrique
un enfant au grand sourire
nounours sans tête

Praf de Africa
un copil numai zâmbet
pãpusã fãrã cap

Second Prix- Michel DUFLO - France

Saint-Valentin -
dans la poubelle de ma rue
un bouquet de fleurs
Sfântul Valentin-
în pubela din stradã
un buchet de flori

Troisième Prix- Ban’ya NATSUISHI - Japon

Le mot "Hiroshima"
pèse-t-il plus lourd
qu'un papillon ?
Mai greu e oare
cuvânul Hirosima
decât un flutur?

Mention- Yves BRILLON - Canada

nuit froide d'hiver -
dans les branches du vieux chêne
la lune captive
noapte de iarnã-
bãtrânul stejar tine
luna captiva

Mention- Nekojita - France

des lauriers blancs
bordent l'oued asséché
un petit âne brait
oleandri albi
mãrginesc valea seacã
zbiarã-un mãgãrus

Mention- Verica ZIVCOVIC - Serbie

Lune à minuit-
l'éclat des pommes givrées
sur la branche nue.
Luna-n miez de noapte-
mere brumate lucind
pe ramul gol

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02-03-2007

Jean-Claude Cesar seul au jardin

Voilà, les éditions du Mûrier Blanc viennent de m'envoyer le livre de Jean-Claude, dont je me suis délectée à petit pas en le suivant dans son jardin et en me familiarisant avec l'univers qui le compose. Des animaux, des objets, le climat, les fleurs et le jardinier sont les thèmes abordés. Beaucoup de fraîcheur.

Amie des grenouilles, j'aime

après la pluie
les petites grenouilles vertes
grimpent dans les papyrus

*

un paon fait la roue
devant une brouette
chaleur précoce

Avec sa permission, je reproduis une photo qu'il a prise, pour illustrer

CHEVAL

loin de la mer
les chevaux dans la prairie
le cri des mouettes

Parmi les objets, ma préférence est

sur le billot de pin
saison après saison
le chandail bleu

Tout le mystère subsiste. A qui appartient-il ? Et puis

feux d'automne
les draps fraîchement lavés
piqués de cendres

fait penser au lessive d'autrefois à la cendre. Retour dans le passé.

Sous le climat pluvieux

pluie de mai
l'escargot sur sa coquille
transporte un pétale

et aussi pour illustrer la violette, fleur tendrement chérie

pluie glacée
les violettes les narcisses
les enfants en vacances

Le thème des fleurs abordé avec sensibilité :

le mûrier abattu hier
dans la force de l'âge
pleure encore

Le jardinier lui-même

mon repas frugal
dans la serre aux carreaux cassés
crachin d'automne

*
seul dans le jardin
sur le tapis de mousse
le silence de mes pas

Egalement grand gourmand, il croque les mots et les échange avec Christiane Romand dans son très appréciable Croque-mots, toujours aux éditions Mûrier Blanc (2004).

Merci Jean-Claude pour ces quelques moments de bonheur et de partage.

Seul au jardin, Mûrier Blanc éditions (2005) - 6 rue Foch 34000 Montpellier
ISBN DLE 20050310-11578
murier-blanc@orange.fr

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23-02-2007

Les fruits du Gingko, de Kenji Miyazawa (1896-1933)

gingkoKenji Miyazawa : une météorite dans le ciel littéraire japonais. Il dédia sa vie courte et ardente à sa ferveur bouddhique, à sa créativité inouïe (auteur de plus d'une centaine de contes, de milliers de poèmes), à son dévouement aux paysans pauvres de sa région déshéritée.

Musicien, scientifique et mystique, poète et militant, il disait « ... poètes nouveaux : l'énergie renouvelée, transparente, prenez-la des nuages, de la lumière, des tempêtes... »

公孫樹の実 ichô no mi
Les fruits du Gingko
est un recueil de nouvelles, toutes plus poétiques les unes que les autres où l'auteur donne vie aux arbres et aux animaux. Voici la fin de la nouvelle, dont le titre est tiré, les fruits du Gingko, "l'arbre aux quarante écus", célébré en Orient pour ses vertus médicinales.

 

... Tous les enfants s'égouttèrent ensemble des branches, comme de la pluie.

" Cette année encore ils se disent au revoir, au revoir ! " riait le vent du nord qui fit étinceler son manteau glacé de miroirs avant de s'élancer au loin.

Comme un joyau qui se consumerait dans le ciel de l'est, formidable d'énergie, le soleil s'épanchait, radieux, sur la mère-arbre pleine de tristesse et sur ses enfants partis pour leur voyage.

終 owari = fin de la nouvelle

Un ouvrage extrêmement recommandable (Le serpent à plumes, collection "motifs", 2006).

La lecture de ces nouvelles m'a rappelé un autre auteur, italien, Italo Calvino, et son Marcovaldo.

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17-02-2007

Le maître est parti cueillir des herbes

Le maître est parti cueillir des herbes (Moundarren, 2001). Cette phrase simple pour exprimer l'absence de la personne que l'on vient visiter m'inspire une certaine quiétude de l'homme face à la nature. L'important n'est pas de voir le maître, mais de savoir qu'il est là, en harmonie avec son environnement.

Ce recueil de poètes chinois est la source même du haïkaï qui a inspiré les Japonais.

Bashô inscrivit sur le portrait du célèbre Chuang Tzu :

もろこしの俳諧とはん飛ぶ小蝶
morokoshi no / haïkaï to han / tobu kochô

à propos du haïkaï de Chine
j'interroge
le petit papillon qui voltige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de Wang Wei (701-761)

tout le long du chemin
le parfum
du printemps

de Li Po (701-762) suçons la substantifique moëlle :

allègre
dégagé des affaires du monde
ici, enfin libre

on s'affaire
on s'affaire
pour chercher quoi au juste ?

je danse
en me mesurant
au soleil couchant

la tristesse du voyageur
dans la coupe
soudain se dissipe

de Han Shan (8e s.)

à contempler le vide
s'épanouit
le silence

de Wu Yong (9e s.)

dans la cour
des fleurs sont tombées
l'ombre des arbres s'est déplacée

de Hsiu Tao yong (9e s.)

le vin m'a donné soif
j'ai très envie
de thé

de Liu Pan (1023-1089)

sur les feuilles des lotus
le bruit
de dix mille gouttes

etc.
La sagesse chinoise relève aussi d'un certain épicurisme... le poète reste indifférent aux affaires des hommes et se plonge dans la contemplation de la nature, bien plus importante à ses yeux.

 


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05-02-2007

d'un instant à l'autre, de Yves Brillon. Illustration de Monique Lachapelle

Le titre de cet ouvrage est évocateur d’une suite que l’on déguste au fil des saisons. Le dessin de la couverture bleue invite à l’éclosion de la nature. Contrairement à d’autres haïjins, Yves commence son ouvrage par l’été et le termine par la floraison du printemps.

 

 

 

J’ai  parcouru chaque instant, pas à pas, avec délectation, partageant avec Yves ses joies, ses peines, ses bonheurs dans une grande simplicité.

 

 

 

L’hiver canadien est la saison qui m’a le plus marquée, parce que tellement éloignée de notre climat parisien : vie au ralenti sous la neige, l’humain, derrière sa fenêtre, guettant les subtiles changements de la nature. L’automne également avec ses feuilles colorées et le trop court été.

 

 

 

Ceux que j’ai retenus, pour ne pas les citer tous, un pour chaque saison :

 

 

 

Au lever du jour
alors que la pie jacasse
le silence dort

 

 

 

Derniers jours d’automne-
un homme s’en va vers l’hiver
la canne à la main

 

 

 

La tête du chat
dans la boule de Noël-
toute une bouille

 

 

 

du prunier fleuri-
un à un les blancs pétales

tombent en silence

 

 

 

Merci Yves de nous communiquer ta simplicité et de nous faire partager ton monde. Ce que je regrette, c’est que les illustrations de Monique ne soient pas en couleurs.

 

Un livre certainement à découvrir.

 

 

 

 

 

Karedas Éditions - collection kaiseki
ISBN 978-2-910961-41-1
dépôt légal : février 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24-01-2007

Ishikawa Takuboku (1886-1912) - Fumées

Les textes ci-dessous sont extraits de 一握の砂Ichiaku no suna (Une poignée de sable), son premier grand recueil, dont kemuri (fumées) est la deuxième partie (éditions Arfuyen).

 

 

 

kemuri 

 

 

 

Comme une douleur
revient un jour le souvenir du pays
tristes les fumées qui montent dans le ciel

 

*
La fumée s'élève dans l'azur
tristemetn s'éloigne
si semblable à moi

 

 

 

*
Joie, l'eau ruisselle de la pompe
un bref instant
je vois l'élan de ma jeunesse

 

 

 

*
Si tristesse
est la saveur des choses
je l'ai trop tôt goûtée

 

 

 

*
Quand tombaient les fleurs
j'étais le premier à sortir
vêtu de blanc

 

 

 

*
Ces livres qu'alors nous aimions tant
pour la plupart
ont cessé d'être lus

 

 

 

* 

 

Comme une pierre
dévale la pente
je suis arrivé à ce jour-ci

 

 

 

*
Les yeux de l'enfant mélancolique
étaient pleins d'envie
pour le vol et le chant de l'oiseau

 

 

 

*
Il venait à ma rencontre
se frayant un chemin à travers la foule
avec son bon vieux bâton

 

 

 

*
Dès le réveil la tristesse
- mon sommeil
n'est plus paisible comme autrefois

 

 

 

* 

 

Les rêves de ma femme
n'étaient autrefois que de musique
aujourd'hui elle ne chante plus

 

 

 

* 

 

Comme cerf-volant au fil coupé
l'allégresse de mes jeunes années
s'en est allée au vent

 

 

 

*
La balle
que j'avais lancée sur el toit de l'école
qu'est-elle devenue

 

 

 

* 

 

Cette pierre
au bord du chemin de mon pays
cette année encore l'herbe a dû la recouvrir

 

 

 

*
La petie musique du marchand ambulant
comme si je pouvais recueillir
ma jeunesse perdue

 

 

 

*
La douleur de quitter le pays
comme chassé à coups de pierres
jamais ne s'effacera

 

 

 

*
Le vert tendre des saules
en amont de la rivière
je le vois comme à travers des larmes

 

 

 

*
L'ample veste à fleurs rouges
je la revois encore
l'amour de mes six ans

 

 

 

*
La pluie tombe sur la ville
je me souviens des gouttes
sur les fleurs violettes des pommes de terre

 

 

 

*
Je n'ai pas oublié
dans le jardin sous la lune pâle
les blanches azalées cueillies

 

 

 

*
Je me suis tourné vers la montagne
sans un mot
les montagnes du pays sont admirables
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ishikawa Takuboku (1886-1912) - Ceux que l'on oublie difficilement

 

Les textes ci-dessous sont extraits de 一握の砂 Ichiaku no suna (Une poignée de sable), son premier grand recueil, dont 忘れ難き人々 Wasuregataki hitobito (ceux que l’on oublie difficilement) est la quatrième partie(éditions Arfuyen). Beaucoup de nostalgie...

 

 

 

忘れ難き人々 Wasuregataki hitobito

 

 

 

 

 

J'ai compté les années d'espérance
et je fixe mes doigts
je suis fatigué du voyage

 

*
Une enseignante

sur les lunettes un reflet
si triste

 

 

 

*
Matin après matin mon réveil

joue une ritournelle chinoise que j'aime bien
quelle pitié

 

 

 

*
Tellement amaigri

ton corps ne semble plus
qu'un bloc de révolte

 

 

 

*
La glace scintillante

un pluvier chante
- lune d'hiver sur la mer de Kushito

 

 

 

*
Au-dessus du feu
une bouteille d'encre gelée

des larmes coulent sur al braise

 

 

 

*
Le rire d'une femme

tout à coup me transperça
une nuit de saké froid dans la cuisine

 

 

 

*

 

Triste
l'empreinte de ce baiser
joyau blanc sur le bras

 

 

 

*
Dans la baie sans vagues en février

peint de blanc
un navire étranger s'avançait doucement

 

 

 

*
Dans un vieux carnet rouge

restent écrits
le lieu et l'heure de notre rencontre

 

 

 

*
Une pensée

semblable au sentiment
de socquettes sales qu'on remet

 

 

 

*
Cette femme qui pleurait dans ma chambre
était-elle souvenir d'un roman

ou de l'un de mes jours

 

 

 

*
Ces sombres prunelles

qui du monde ne buvaient que clarté
je les revois encore

 

 

 

*
Ces paroles précieuses

que je n'ai jamais dites
restent dans ma poitrine

 

 

 

*
Dans la rue une silhouette qui te ressemblait

et mon coeur s'est réjoui
Quelle tristesse à cette pensée

 

 

 

*
Une fois encore si j'entendais cette voix

totalement alors
ma poitrine s'allégerait

 

 

 

*
Parfois je pense à toi

tristesse de ce paisible coeur
qui soudain s'agite

 

 

 

*
Les années se sont amassées

depuis notre séparation
Combien tu m'es devenue chère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ishikawa Takuboku (1886-1912) - L'amour de moi

 

 

Les textes ci-dessous sont extraits de 一握の砂 Ichiaku no suna (Une poignée de sable), son premier grand recueil, dont 我を愛する歌 Ware o aisuru uta (L’amour de moi) est la première partie, kemuri (fumées) la deuxièmeet 忘れ難き人々 Wasuregataki hitobito (ceux que l’on oublie difficilement), la quatrième (éditions Arfuyen).

 

 

 

Fidèle au tanka, Takuboku a inventé une sorte de « journal du mental » où il note, toutes ses perceptions et pensées les plus ténues. Toute son œuvre, marquée par ce mélange de provocation et d’autodérision, le fait considérer comme un grand poète chez les Japonais. Mort à 26 ans de la tuberculose.

 

 

 

 

 

我を愛する歌 Ware o aisuru uta

 

 

 

Il m’a tendu une poignée de sable
les joues baignées de larmes
je ne l’oublierai pas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*

 

sous mes doigts qui creusaient
le sable de la dune
la rouille d’un pistolet

 

 

 

 

 

*

 

un morceau de bois échoué au pied de la dune
un coup d’œil alentour
j’essaie de lui dire quelques mots

 

 

 

 

 

*

 

tristesse de ce sable sans vie
à peine on desserre les doigts
et il s’écoule

 

 

 

*

 

doucement
les grains de sable recueillent mes larmes
si lourdes

 

 

 

 

 

*

 

une centaine de fois sur le sable
j’ai écrit le mot grand
j’ai renoncé à mourir et m’en suis retourné

 

 

 

 

 

*

 

d’un peu de terre et de salive
j’ai formé le visage de ma mère en pleurs
oh, cette tristesse

 

 

 

 

 

*

 

j’étais dans la pièce obscure
sur le mur les silhouettes
de mon père et de ma mère une canne à la main

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