11-04-2012

Le goût des haïku

goût des haikusLe goût des haïku
Textes choisis et présentés par Franck Médioni

Mercure de France, 2012
Format : 10,0 x 16,0 cm
ISBN  978-2-7152-3268-6

De l’ordinaire extraire l’extraordinaire. Telle est la force du poème court japonais, le haïku, considéré comme la forme littéraire zen par excellence. Il met en œuvre le satori – suspension du temps –, il saisit le merveilleux tapi au cœur de l’ordinaire, l’absolu au cœur du relatif, le sacré au cœur du banal. Une émotion, une intuition, un sentiment, une perception au sommet d’une montagne, dans un jardin, en pleine tempête ou au coin de la rue ; dans sa fugacité même, un instant est saisi au vol. Selon Bashô, grand maître du haïku, « c’est simplement ce qui arrive en tel lieu, à tel moment ». Balade poétique en compagnie de Bashô, Issa, Buson, Ryokan, Shiki, Santoka, Sôseki, Ueshima Onitsura, Fukyo Matoa, Satomura Shôba, Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Richard Brautigan, Benjamin Péret, Kenneth White, Louis Calaferte, Zéno Bianu, Tomas Tranströmer et bien d’autres…

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25-10-2008

L'automne au masculin

Bashô : 色付や豆腐に落ちて薄紅葉

irozuku ya /tôfu ni ochite/ usu momiji

elle change de couleur
en tombant sur le tôfu
la fine feuille d'automne

Buson : 淋しさのうれしくもあり秋の暮

sabishisa no / ureshiku mo ari / aki no kure

dans la solitude
il y a de la joie aussi
crépuscule d'automne

Dansui : ほたほたと椿の落つる朧月

hotahota to / tsubaki no otsuru / oborozuki

doucement
tombe une fleur de camélia
la lune voilée

Hosai : 夜中菊をぬすまれた土の穴ほつかりとある

yônaka kiku o / nusumareta tsuchi no ana /hotsukari to aru

pendant la nuit
quelqu'un a volé un chrysanthème
à la place un large trou

Ryokan : 秋ひよりせむ羽すずめのはをとかな

aki hiyori / senba suzume no / haoto kana

Le ciel d’automne
des milliers de moineaux –
le bruit de leurs ailes

Santoka : 掃くほどに散るほどの秋深く

haku hodoni / chiru hodono / aki fukaku

à mesure que je balaye
les feuilles tombent
automne profond

Shiki : 灯ともせば灯に力なし秋の暮

hi tomoseba / hi ni chikara nashi / aki no kure

allumant la lampe
la lumière n'a pas de force
soirée d'automne

Sôseki : 肩に来て人懐かしや赤蜻蛉

kata ni kite / hitonatsukashi ya / akatonbo

la libellule rouge
sur mon épaule s'est posée
intime et familière

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29-11-2007

我 WARE-WA- MOI JE MON

Pourquoi dit-on que, dans le haïku, il ne faut pas employer la première personne "je" ou "moi" ? Les haïjins expriment leur ressenti.

AWANO

かん烏
に聞かせし
似非人語

kangarasu
ware ni kikaseshi
ese jingo

un corbeau dans la bise
m'a raconté
des balivernes

BASHO

涼しさを
が宿にして
ねまるなり

suzushisa o
waga yado ni shite
nemaru nari

dans cette fraîcheur
me voilà comme chez moi
en habit de nuit me prélasse

BUSON

温泉の底に
足見ゆる
けさの秋

onsen no soko ni
ware ashi miyuru
kesa no aki

au fond de la source chaude
je vois mes pieds
matin d'automne

CHIYO-JO

雪を
水にうつして
にらみけり

ware yuki o
mizu ni utsushite
nirami keri

sous la neige
mon reflet dans l'eau
j'observe attentivement

HOSAI

井戸の暗さに
が顔を見出す

ido no kurasa ni
waga kao o midasu

dans l'obscurité du puits
je reconnais mon visage

ISSA

時鳥
が身ばかりに
降る雨か

hototogisu
wagami bakari ni
furu ame ka

petit coucou
serais-je le seul sur qui
tombe, tombe la pluie

KATO

蟻殺す
を三人の子
に見られぬ

ari korosu
ware o sannin no ko
ni mirarenu

j'écrase une fourmi
et c'est moi que mes trois enfants
regardent

RYOKAN

萩すすき
が行く道の
しるべせよ

hagi susuki
waga yuku michi no
shirubeseyo

trèfle et herbe d’automne
tout le long de mon chemin
pourtant familier !

SANTOKA

蝿を打ち蚊を打ちを打ち

hae o uchi ka o uchi ware o uchi

Je frappe les mouches
je frappe les moustiques
je me frappe moi-même

(un de mes préférés)

SEISHI

春潮や
が総身に
船の汽笛

shunchō ya
waga sōmi ni
fune no kiteki

marée printanière
mon corps entier transpercé
par la sirène du bateau

SHIKI

秋風や
生きて相る
汝と

akikaze ya
ikite aimiru
nare to ware

Ah le vent d’automne
nous voir ensemble et toujours
vivants toi et moi

SOSEKI

蛍狩
われを小川に
落しけり

hotaru gari
ware o kogawa ni
otoshi keri

chasse aux lucioles
me fait tomber
dans le ruisseau

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14-10-2007

YUME 夢 Le rêve de Ryôkan

Ryôkan no yume dans Les 99 haïku de Ryôkan

ゆめさめて
聞くは蛙の
遠音かな

yume samete
kiku wa kawazu no
tône kana

Sortant de mes rêves
le coassement lointain
des grenouilles vertes

-

鴬に
ゆめさまされし
朝げかな

uguisu ni
yumesama
samareshi
asage kana

Ah ! Le rossignol
Son chant m’a sorti d’un rêve -
le riz du matin

-

あけ窓の
むかしをしのぶ
すぐれ夢

ake mado no
mukashi
o shinobu
sugure yume

La fenêtre ouverte
tout
le passé me revient-
bien mieux qu’un rêve

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28-02-2007

LA VIOLETTE : SUMIRE

Viola odorata, la violette odorante, au subtil parfum et à la délicatre robe, fleur tendre de mon enfance.

Chaque printemps, je la retrouvais avec bonheur, fidèle au rendez-vous, redécouvrais cette odeur si exquise qui flattait mes petites narines. J'attendais sa venue avec impatience. Tous les matins, je me levais à la fraîche pour la voir éclore un peu plus. Raffinée, elle ne se dévoilait pas tout de suite la discrète. Quand elle était prête, je la cueillais, ne pouvant résister à son charme. Dans son bel écrin, un joli vase cloisonné, qui trônait sur la table du salon, hélas, elle ne résistait pas longtemps. Vague souvenir, vague de plaisir, sur ses ondes parfumées vogue mon cœur.

la violette-
en respirant son parfum
désir de cueillette

Ce qui explique le choix de ce jour : la violette célébrée au Japon.

de Bashô

山路来て 何やらゆかし すみれ草
yamaji kite / naniyara yukashi / sumiregusa

sentier de montagne
violette - un charme
venu on ne sait d'où

*

de Ryôkan

あげ巻の 昔をしのぶ すみれ草
agemaki no / mukashi o shinobu / sumire sô

tendre souvenir :
la coiffure des enfants –
violettes en fleur

*

de Chiyojo

駈出る 駒も足嗅ぐ すみれかな
kakederu / koma mo hashi kagu / sumire kasa

les chevaux après le galop
reniflent leurs pattes
Ah ! les violettes

*

うつむいた 所が台や すみれ草
utsumuita / tokoroga dai ya / sumiregusa

tête baissée
sur l’autel du bouddha
les violettes

*

根を付て 女子の欲や すみれ草
ne o tsuite/ onnago no yoku ya/ sumire kusa

désir de femme
profondément enraciné
les violettes

*

de Naojo

la cueillir quel dommage !
la laisser quel dommage !
Ah cette violette !

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