20-06-2012

Une âme qui joue, de Shizue Ogawa (2)

LE MOUTON

 

Nous étions tous accroupis regardant

un mouton immobile en train d’être tondu

les grandes cisailles par moments blessaient sa peau

« je lui passerai de la pommade » dit grand-père

sur la blessure il appliqua un baume rouge

 

grand-mère nous annonça

« ce seront vos chaussettes »

bientôt

les fibres grossières devinrent

pelote brillante et rebondie

 

elle nous tricota des chaussettes

des chandails aussi

par-ci par-là des brins de paille y étaient mêlés

nous interrompions nos jeux

pour ôter la paille de nos chaussettes

 

grand-mère en retirait aussi de notre dos

« la laine n’est pas peignée il en reste encore »

cela ne nous grattait pas mais nous allions trouver grand-mère

elle nous caressait le dos et nous courions dans la neige

les moutons qu’elle caressait aussi couraient avec nous

 

poème extrait de La terre – Une âme qui joue (VI)

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Une âme qui joue, de Shizue Ogawa

Une poétesse pleine de délicatesse, traduite du japonais par Véronique Brindeau, aux éditions Caractères, 2012 (édition bilingue). ISBN - 978-2-85446-497-9

Une belle révision poétique de la géométrie dans l’espace :

 

TRIANGLES RONDS, TRIANGLES CARRÉS

 

Suspendues à l’angle des auvents

des protections contre les voitures

triangles jaunes

triangles bleus

se balançant

comme des fruits

 

un perroquet sans âge présente ses saluts

triangles ronds

triangles carrés

chaque matin dansent en l’entendant

« Bonjour ! Bonjour !

Ravi d’avoir fait votre connaissance ! »

 

dans la ville aux toitures basses

le bibliothécaire ambulant

le marchand de poissons rouges

tout un chacun

prête attention à l’angle des toits de tuile

les triangles protecteurs aiment bien les gens

 

poème extrait de La mer - Une âme gui joue (V)

 

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11-04-2012

Bashô Seigneur ermite

bashoermite

Bashô Seigneur ermite.
L'intégrale des haïkus

La Table ronde, 2012
Format : 14,0 x 20,5 cm - 480 pages
ISBN  9782710369158 Code sodis : I23266

Dominique Chipot, Makoto Kemmoku
Traduit du japonais :

Fils de samouraï, Basho (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l'âge de treize ans, il apprend d'un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l'actuelle Tokyo) l'école de Shomon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre (Ma vie de voyageur / le va-et-vient / d'un paysan labourant la rizière) et d'austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Osaka le 12 octobre 1694, après avoir confié à ses disciples, de crainte qu'ils n'enferment le haïku dans des règles trop rigides : «La fleur du haïkaï est dans la nouveauté.»

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Les herbes m'appellent

Les herbes m'appellent

L'iroli, 2012. Format : 14,0 x 21,5 cm - 340 g - 240 pages
ISBN  978-2-916616-22-3

HerbesmappellentHaïkus (bilingues français-japonais) de Niji FUYUNO et Ryu YOTSUYA Préface et essais de Thierry CAZALS Niji Fuyuno (1943-2002), poète et peintre japonaise fut la créatrice de la revue Mushimegane avec son mari Ryu Yotsuya (1958).

Thierry Cazals, poète contemporain français, a rencontré et échangé une correspondance avec le couple.

Ses essais L'arc-en-ciel sur la balançoire (hommage à Niji) et Quand les ombres s'approchent pour chanter (sur les haïkus de Ryu) apportent un éclairage sur ces haïkus très modernes que les auteurs ont eux-mêmes traduits en français.

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31-12-2011

La lune et moi

laluneetmoiLa lune et moi
Les plus beaux haïkus de la revue Ashibi
traduits et adaptés du japonais par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku

Préface inédite d’Olivier Adam

édition bilingue, Le cercle points, 2011
Format : 10,5 x 17,5 cm
ISBN  978-2-7578-2380-4

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22-03-2011

Garden II, 句集 庭 de Yuko Otomo

地を起こし貝のごとくに日向ぼこ

chi o okoshi kai no gotoku ni hinata boko

en retournant la terre
nous prenons le soleil
comme des coquillages

...

柔き春鳥に言葉で語りかけ

yawarakaki harutori ni kotoba de katari kake

tendre printemps
je parle aux oiseaux
avec des mots

...

緑風の中を泳いで昼寝か

midori kaze no naka o oyoide hirune kana

dans ma sieste
je nage dans la brise
à travers les arbres

...

この河とあの河越える風雲や

kono kawa to ano kawa koeru fûun ya

vents et nuages
traversent cette rivière
et plus

...

田園も都市もつまりは風の中

denen mo toshi mo tsumari wa kaze no naka

après tout
et la campagne et la ville
sont dans le vent

...

影長し松毬は無言なり

kage nagashi matsumari wa mugon nari

ombre longue
la pomme de pin
ne dit pas un mot

 

Garden, de Yuko Otomo (traduit de l'anglais par Nicole Peyrafitte) 

 

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30-01-2011

Garden, 句集 庭

水滴ひとつふたつがひとつになり

mizu shizuku hitotsu futatsu ga hitotsu ni nari

ah gouttes d'eau
une et deux s'unissent

...

芋の皮剥いて万有に趣く

imo no kawa muite banyû ni omomuku

je pèle des patates
je touche
mille choses

...

無為無策月に誘われ月を見る

mui museku tsuki ni sasoware tsuki o miru

ne rien faire
appelée par la lune
je la regarde

...

碓かなる梨の重さや小雨降る

tashikanaru nashi no omosa ya kosame furu*

la certitude du poids d'une poire
une averse légère

...

言葉より林檎香るや夜の部屋

kotoba yori ringo kaoru ya yoru no heya*

chambre nocturne
l'odeur de pommes
vient des mots

...

冬一番日中当てなく捜し物

fuyu ichiban nicchu atenaku sagashi mono

première rafale d'hiver
journée sans but
je cherche quelque chose

* à remarquer en japonais, les assonances et allitérations.

Garden, de Yuko Otomo (traduit de l'anglais par Nicole Peyrafitte)

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14-12-2010

Hashimoto TAKAKO 1899-1963

雪烈抱かれて息のつまりしこと
yuki hageshi dakarete iki no tsumarishi koto

tourmente de neige
jadis je suffoquais dans ses bras

Commentaire de Ôoka Makoto :

« Takako s'initia au haïku auprès de Sugita Hisajo, puis devint l'élève de Yamaguchi Seishi. Elle saisit toujours avec une rare justesse les élans et les oscillations de la sensibilité féminine. La rigueur avec laquelle elle pénètre la réalité en s'en tenant strictement aux faits, la richesse de ses moyens d'expression, en font sans doute une des meilleures femmes poètes de l'époque moderne. Elle n'avait pas encore quarante ans que son mari la précédait dans la mort. Aussi consacra-t-elle de nombreux vers à sa mémoire, dont certains, comme celui que nous présentons ici, sont de purs chefs-d'œuvre. En contemplant la neige qui ne cesse de tomber à gros flocons, lui revient, comme ressuscité par la nature, le souvenir d'un instant où son mari l'avait étreinte, si fort qu'elle avait cru s'évanouir. »

Poèmes de tous les jours (Picquier poche 1995).

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18-10-2009

Figures poétiques japonaises

Figures poétiques japonaises. La genèse de la poésie en chaîne par Sumie Terada, édité par le Collège de France/ Institut des Hautes Études Japonaises (Diffusion de Boccard, Paris 2004).

Par poésie en chaîne, il faut entendre le renga 連歌, poème composé par plusieurs poètes. Le renga amène deux réflexions : l'organisation en continu de fragments et, d'autre part, la création collective... (La littérature japonaise témoigne d'un goût marqué pour le fragmentaire).

Ci-dessous un extrait des principales figures rhétoriques de la poésie antique, le tan-renga 短連歌 ou " renga court ", qui a la même forme que le tanka 短歌 au point de vue métrique (5/7/5/7/7).

Répétition et reprise

Ya-kumo tatsu                        — Une multitude de nuées — s'élève76
Izumo yae-gaki                       Le pays d'lzumo, (où s'élèvent les nuages77)
                                                                             et ses mille barrières,

Tsuma-gomi ni                                       Pour cacher ma femme
Yae-gaki tsukuru                                   Je dresse mille barrières
Sono vae-gaki o                                     Ah ! ces mille barrières78 !

La légende veut qu’une divinité ait composé ce poème lorsque, pour célébrer ses noces, elle bâtit son palais au pays d’Izumo, une terre pure. Ce poème d’une facture excessivement répétitive ne fait qu’affirmer l’existence de barrières (ou haies) qui entourent la demeure nuptiale. Par la répétition, le poème pose comme incontestable leur existence. Il puise sa force d’affirmation dans cette seule répétition, sans chercher à établir de relation avec d’autres faits susceptibles de le situer dans le réel.

Dans ce sens, ce procédé se situe à l’extrême opposé de la démarche argumentative dont la visée est d’établir des relations (causes et conséquences) qui n’entrent pas en contradiction avec les idées généralement admises. Les exemples cités se limitent à la pure affirmation d’un sentiment éprouvé ou d’un fait constaté. Cette approche énonciative peut être rapprochée d’une attitude remarquable des Japonais vis-à-vis de la poétique chinoise. Alors qu’ils ont adopté avec le plus grand zèle la poésie chinoise et ses procédés rhétoriques, ils se sont presque totalement désintéressés d’une fonction essentielle de celle-ci, à savoir, l’exposé d’idées, de pensées politiques ou critiques. Une telle indifférence aux développements argumentatifs peut être expliquée par le rôle que les Japonais antiques ont assigné au langage poétique.

À propos de la croyance dans le kotodama* il est apparu que le langage avait pour fonction de désigner le monde et non d’en construire une représentation hiérarchisée. Or, l’analyse de tanka répétitifs a révélé leur fonctionnement exclamatif. Dans l’un comme l’autre cas, l’opération essentielle consiste à affirmer l’existence de faits réels (y compris les phénomènes surnaturels) et ne vise pas à les comprendre en leur donnant une interprétation cohérente.

Il s’agit là de la manifestation d’un principe fondamental de la poésie japonaise qui n’a pour ainsi dire pas changé depuis l’antiquité. C’est du moins ce que suggère une notion comme celle du mono no aware79 dans laquelle Motoori Norinaga (1730-1801) voit la caractéristique de la littérature japonaise traditionnelle. Or, on le sait, le mot aware qui désigne un état réceptif, émotionnel et fusionnel de l’homme dans sa relation avec le monde extérieur environnant, provient étymologiquement d’une interjection.

Le mouvement récurrent de la fragmentation qui a conduit la poésie japonaise à sa forme extrêmement brève peut s’expliquer si sa visée fondamentale est l’exclamation. En effet, l’exclamatif constitue le point de jonction entre les représentations du monde véhiculées par le langage et l’émergence du réel brut, rebelle au traitement structuré qu’exerce tout discours. C’est cette émergence que Barthes a qualifiée de « tilt » en citant un haiku 俳句 de Bashô :

Naturellement, le tilt, "c’est ça", est anti-interprétatif, c’est-à-dire, ce qui fait tilt dans le langage normalement bloque l’interprétation. Dire "Ah !

75 Man.yô-shû livre Il, Sômon, n°95.
76 Ya-kumo tatsu est le mot initiateur du toponyme lzumo.
77 Izumo veut dire « nuages qui s’élèvent ».
78 Kojiki

79 État des choses qui émeut la sensibilité humaine. Selon Norinaga, l’homme compose le poème pour canaliser la charge de mono no aware quand celle-ci devient trop forte (Isano-kami sasame-goto <Les murmures de l'ancien sanctuaire Isano-Kami> in Motoori Norinaga shû, S-NKS, 1983, pp. 280-305).
80 Norinaga le personnage le plus fécond de l'école des études nationales, contribua d'une façon significative au développement de la linguistique japonaise et des études critiques sur les textes littéraires.

·  Kotodama 言霊 

… le mot ne fonctionne pas comme représentation mais comme « désignation », et en ceci il est en-deçà de la fonction symbolique…

Les textes antiques japonais sont imprégnés de la pensée mythique du langage.

Une genèse intéressante de la poétique japonaise qui peut nous éclairer sur le haïku.

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02-03-2008

OOKA Makoto : Chôfu VIII

Chôfu VIII

À une dame de ma connaissance
Bôfujin ni teisu

On peut bien haïr l'être qui l'a écrit
la lecture d'un bon poème réjouit toujours le cœur. 

C'est vraiment là, nulle part ailleurs
que réside le mystère de la poésie.

Mystère sans importance en fait
mais indéniable quoi qu'on en dise.

CITÉS DES EAUX (SUIFU, 1981)  水府

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