Les textes ci-dessous sont extraits de 一握の砂 Ichiaku no suna (Une poignée de sable), son premier grand recueil, dont 我を愛する歌 Ware o aisuru uta (L’amour de moi) est la première partie, kemuri (fumées) la deuxièmeet 忘れ難き人々 Wasuregataki hitobito (ceux que l’on oublie difficilement), la quatrième (éditions Arfuyen).

 

 

 

Fidèle au tanka, Takuboku a inventé une sorte de « journal du mental » où il note, toutes ses perceptions et pensées les plus ténues. Toute son œuvre, marquée par ce mélange de provocation et d’autodérision, le fait considérer comme un grand poète chez les Japonais. Mort à 26 ans de la tuberculose.

 

 

 

 

 

我を愛する歌 Ware o aisuru uta

 

 

 

Il m’a tendu une poignée de sable
les joues baignées de larmes
je ne l’oublierai pas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*

 

sous mes doigts qui creusaient
le sable de la dune
la rouille d’un pistolet

 

 

 

 

 

*

 

un morceau de bois échoué au pied de la dune
un coup d’œil alentour
j’essaie de lui dire quelques mots

 

 

 

 

 

*

 

tristesse de ce sable sans vie
à peine on desserre les doigts
et il s’écoule

 

 

 

*

 

doucement
les grains de sable recueillent mes larmes
si lourdes

 

 

 

 

 

*

 

une centaine de fois sur le sable
j’ai écrit le mot grand
j’ai renoncé à mourir et m’en suis retourné

 

 

 

 

 

*

 

d’un peu de terre et de salive
j’ai formé le visage de ma mère en pleurs
oh, cette tristesse

 

 

 

 

 

*

 

j’étais dans la pièce obscure
sur le mur les silhouettes
de mon père et de ma mère une canne à la main