29-06-2009

Haïkus d'été

音いっぱいにして虫籠の軽さかな
oto ippai ni shite mushi-kago no karosa kana

la cage à insectes
emplie de chants
reste légère [Ayaka]

~

闇の夜とすごく狐下這う玉真桑
yami no yo to sugoku kitsune shita bau tama makuwa

par une mystérieuse nuit sombre
un renard rampe sur le sol
pour un magnifique melon [Bashô]

~

石垣にかくれゆきたる馬陸かな
ishigaki ni kakure yukitaru yasude kana

sur le mur de pierre
il avance caché
un mille-pattes [Chie]

~

水の書き水の消したり杜若
mizu no kaki mizu no keshitari kakitsubata

l'eau les dessine
puis l'eau les efface
les iris [Chiyo-ni]

~

さびしさや一尺消えて行く蛍
sabishisa ya isssaku kiete yuku hotaru

tristesse
l'espace d'une paume
la luciole disparaît [Hokuchi]

~

昼の蚊たたいて古新聞よんで
hiru no ka tataite furushinbun yonde

frappant les moustiques
en pleine journée
avec le vieux journal que je lis [Hôsai]

~

草をかりすすむ我肩の青空
kusa o karisusumu waga kata no aozora

Je continue à faucher
Sur mes épaules
Le ciel d'azur [Ippekirô]

~

汗拭て墓に物がたる別哉
ase fuite haka ni monogataru wakare kana

essuyant ma sueur
avec la tombe je m’entretiens
lors de mes adieux [Issa]

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27-06-2008

Haïkus d'été

月今宵盲突き 当り笑いけり [Buson]

tsuki koyoi mekura tsuki atari warai keri

soirée de pleine lune
un aveugle se heurtant à moi
éclate de rire

*

行水にをのが影追ふ蜻蛉かな [Chiyo-ni]

gyôzui ni o noga kage ou tombo kana

au-dessus du bain
elle pourchasse son ombre
la libellule

*

夏の海水浜ひとり紛失す [Hakusen]

natsu no umi mizuhama hitori funshitsusu

mer d'été
seul à la plage
j'ai perdu quelque chose

*

友の夏帽が新しい海に行こうか [Hosai]

tomo no natsu bô ga atarashi umi ni ikô ka

avec le chapeau d'été
tout neuf d'un ami
si j'allais à la mer ?

*

草いきれにょにんゆたかなる乳房をもてり [Ippekiro]

kusaikire nyonin yutakanaru chibusa o moteri

les herbes fermentent
passe une femme
aux seins superbes

*

遠山が目玉に写る蜻蛉哉 [Issa]

tô yama ga medama ni utsuru tonbo kana

les montagnes lointaines
leur reflet dans les prunelles
de la libellule

*

水陰やむささび達藤の棚 [Kikaku]

mizu kage ya musasabi tôru fuji no tana

reflets dans l'eau
l'écureuil-volant traverse
la tonnelle aux glycines

*

主客閑話蝸牛竹をのぼるなり [Kyoshi]

shukaku kanwa dedemushi take o noborunari

L'hôte et l'invité
s'entretiennent tranquillement -
un escargot sur un bambou

05-01-2008

Chiyo-ni (1703-1775) : dormant seule

独り寝のさめて霜夜をさとりけり

hitori ne no / samete shimoyo o/ satori keri

dormant seule
réveillée par le gel nocturne
pur ravissement

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29-11-2007

我 WARE-WA- MOI JE MON

Pourquoi dit-on que, dans le haïku, il ne faut pas employer la première personne "je" ou "moi" ? Les haïjins expriment leur ressenti.

AWANO

かん烏
に聞かせし
似非人語

kangarasu
ware ni kikaseshi
ese jingo

un corbeau dans la bise
m'a raconté
des balivernes

BASHO

涼しさを
が宿にして
ねまるなり

suzushisa o
waga yado ni shite
nemaru nari

dans cette fraîcheur
me voilà comme chez moi
en habit de nuit me prélasse

BUSON

温泉の底に
足見ゆる
けさの秋

onsen no soko ni
ware ashi miyuru
kesa no aki

au fond de la source chaude
je vois mes pieds
matin d'automne

CHIYO-JO

雪を
水にうつして
にらみけり

ware yuki o
mizu ni utsushite
nirami keri

sous la neige
mon reflet dans l'eau
j'observe attentivement

HOSAI

井戸の暗さに
が顔を見出す

ido no kurasa ni
waga kao o midasu

dans l'obscurité du puits
je reconnais mon visage

ISSA

時鳥
が身ばかりに
降る雨か

hototogisu
wagami bakari ni
furu ame ka

petit coucou
serais-je le seul sur qui
tombe, tombe la pluie

KATO

蟻殺す
を三人の子
に見られぬ

ari korosu
ware o sannin no ko
ni mirarenu

j'écrase une fourmi
et c'est moi que mes trois enfants
regardent

RYOKAN

萩すすき
が行く道の
しるべせよ

hagi susuki
waga yuku michi no
shirubeseyo

trèfle et herbe d’automne
tout le long de mon chemin
pourtant familier !

SANTOKA

蝿を打ち蚊を打ちを打ち

hae o uchi ka o uchi ware o uchi

Je frappe les mouches
je frappe les moustiques
je me frappe moi-même

(un de mes préférés)

SEISHI

春潮や
が総身に
船の汽笛

shunchō ya
waga sōmi ni
fune no kiteki

marée printanière
mon corps entier transpercé
par la sirène du bateau

SHIKI

秋風や
生きて相る
汝と

akikaze ya
ikite aimiru
nare to ware

Ah le vent d’automne
nous voir ensemble et toujours
vivants toi et moi

SOSEKI

蛍狩
われを小川に
落しけり

hotaru gari
ware o kogawa ni
otoshi keri

chasse aux lucioles
me fait tomber
dans le ruisseau

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13-10-2007

YUME 夢 Le rêve de Chiyo-ni

Chiyo-ni no yume dans Bonzesse au jardin nu

物ぬひや
夢たたみこむ
師走の夜

mono nuhi ya
yume tatamikomu
shiwasu no yo

En train de coudre
repliée d
ans le rêve
fin de l’année

-

蝶は夢の
名残わけ人
花野哉

chô wa yume no
nagori
wake hito
hanaya kana

traces
des
rêves des papillons
les fleurs dans les champs

-

たんぽぽや
折々さます
蝶の夢

tanpopo ya
oriori samasu
chyô no yume

les pissenlits
de
temps à autre réveillent
les papillons de leurs rêves

-

蝶々や
何を夢見て
羽つかひ

chôchô ya
nani o yume mite
hane tsukai

papillon
à
quoi rêves-tu ?
à frémir ainsi des ailes ?

-

夢さめぬ
畳に菊の
咲しけふ

yume samenu
tatami ni kiku no
sakishi kyô

interrompant mon rêve
le
chrysanthème sur le tatami
vient d’éclore

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04-10-2007

KOKORO 心

La question est de savoir si le poète (haïjin) exprime ses sentiments explicitement dans un haïku. J'ai relevé quelques exemples où le mot cœur (kokoro en japonais) apparaît. Chez Bashô, c'est très rare et moins rare chez Santoka.

Arô (1879-1951)

漕ぎ出て 遠き心や 虫の声
kogidatete / tooki kokoro ya / mushi no koe

partant en barque
un cœur qui s'éloigne
le chant des insectes

Awano (1899-1992)

髪洗う すなわち 心洗いたく
kami arau / sunawachi kokoro / araitaku

Je me lave les cheveux
c'est-à-dire
que je me lave l'âme

春惜しむ 心比すれば 老にけり
haru oshimu / kokoro hisureba / oini keri

En secret
le printemps me manque
je vieillis

Bashô (1644-1694)

住つかぬ 旅のこ々ろや 置炬燵
sumitsukanu / tabi no kokoro ya / okigotatsu

fixé nulle part
et mon cœur errant aussi —
kotatsu mobile !

義朝の 心に似たり 秋の風
yoshitomo no / kokoro ni nitari / aki no kaze

au cœur de Yoshitomo
semblable
le vent d'automne

野ざらしを 心に風の しむ身哉
nozarashi o / kokoro ni kaze no / shimu mikana

résigné à mourir de froid
comment le vent
me traverse !

Buson (1716-1783)

裾に置きて 心に遠き 火桶かな
suso ni okite / kokoro ni tôki / hioke kana

Au bas de ma robe
Et pourtant loin de mon cœur
Ah ! le brasero

冬籠 心の奥の よしの山
fuyugomori / kokoro no ôku no / yoshino yama

retiré l’hiver
mais le cœur plein
du mont Yoshino

我園の まくおも盗 こころ哉
agaen no / maku omo nusumu / kokoro kana

dans mon jardin
cueillant un melon
j'ai l'impression de le voler

春や 重たき琵琶の 抱心
yukuharu ya / omotaki biwa no / dakigokoro

départ du printemps -
lourd le biwa
pour ce cœur qui le serre

裾に置て 心に遠き 火桶かな
susoni oite / kokoroni tooki / hioke kana

près des pieds
loin du coeur
le brasero

Chiyo-ni (1703-1775)

かけたらぬ 女心や 土用干
kaketaranu / onnagokoro ya / doyôboshi

jamais éteint
mon cœur de femme
j’aère mes vêtements

Hisajo (1890-1946)

春の陽に 心踊りて 襟掛けぬ
haru no hi ni / kokoro odorite / eri kakenu

lumière de printemps -
mon cœur danse en choisissant
le col de mon kimono

貧しき群れに 落ちし心や 百合にはず
mazushiki mureni / ochishi kokoro ya / yurini hazu

dans l’horrible foule
mon cœur s’est brisé
à la vue des lys innocents

Issa (1763-1827)

何もないが 心安なよ 涼しさよ
nanimo nai ga / kokoro yasunayo / suzushisa yo

Ne possédant rien
comme mon cœur est léger
comme l’air est frais

Mizuhara (1892-1981)

鰯雲 心の波の すえ消えて
iwashi-gumo / kokoro no nami no / sue kiete

Passe un banc de nuages
la houle de mon cœur
va expirant

青春の 過ぎにし心 苺食う
seishun no / suginishi kokoro / ichigo kuu

Printemps de ma vie
dépassé
je croque une fraise

Santoka (1882-1940)

心むなしく あらなみの よせてはかえし
kokoro munashiku aranamino yosetewa kaeshi

Le cœur vide
les vagues furieuses
m’assaillent, se retirent

蜻蛉去れば 蜂が来る事務 静心
tonbo sareba / hachi ga kuru jimu / shizugokoro

Une libellule part,
une abeille arrive à mon bureau
le cœur serein

こころおちつけば 水の音
kokoro ochitsukeba / mizu no oto

Mon cœur s’est calmé le bruit de l’eau

心疲れて 山が海が 美しあぎる
kokoro tsukarete yamaga umiga utsukushi agiru

Le cœur las
montagnes et mers
magnifiques

Shiki (1867-1902)

暑乱くるし 乱れ心や 雷をきく
atsukurushi / madare kokoro ya / rai o kiku

la chaleur est suffocante
le cœur agité
j'écoute le tonnerre

野分の夜 文読む心 定らず
nowaki no yo / fumiyomu kokoro / sadarazu

tempête d'automne
la nuit je lis un livre
le cœur agité

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11-05-2007

Pissenlit ou dent de lion, taraxum

pissenlitEn France, le pissenlit ou dent de lion (taraxum) a une connotation particulière. Larousse en a fait un symbole pour son dictionnaire : « Je sème à tout vent ».

Si les feuilles et la fleur de pissenlit sont comestibles, la racine par contre ne l’est pas, du moins l’expression « manger les pissenlits par la racine » nous fait croire que nous ne sommes plus à même de goûter cette plante.

En mangeant les fleurs et les feuilles de pissenlit en salade :

les dents de lion
fleurissent dans mon assiette
plus tard la racine

*

Pour les Japonais, le tanpopo 蒲公英 ou tsuzumigusa 鼓草, n’est qu'une plante à fleur jaune ou herbe à tambour fleurissant au printemps. 

CHIYOJO

たんぽぽや
折々さます
蝶の夢

tanpopo ya / oriori samasu / chyô no yume

les pissenlits
de temps à autre réveillent
les papillons de leurs rêves

*

SENSEISUI

たんぽぽたんぽぽ砂浜に春が目を開く

tanpopo tampopo sunahama ni haru ga me o hiraku

pissenlits, pissenlits
sur la plage
le printemps ouvre les yeux

*

SAITO

たんぽぽ茎
短し天しんに
青き穴

tanpopo kuki mijikashi tenshin ni aoki ana

la tige du pissenlit est courte
un trou bleu
au plus haut point du ciel

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28-02-2007

LA VIOLETTE : SUMIRE

Viola odorata, la violette odorante, au subtil parfum et à la délicatre robe, fleur tendre de mon enfance.

Chaque printemps, je la retrouvais avec bonheur, fidèle au rendez-vous, redécouvrais cette odeur si exquise qui flattait mes petites narines. J'attendais sa venue avec impatience. Tous les matins, je me levais à la fraîche pour la voir éclore un peu plus. Raffinée, elle ne se dévoilait pas tout de suite la discrète. Quand elle était prête, je la cueillais, ne pouvant résister à son charme. Dans son bel écrin, un joli vase cloisonné, qui trônait sur la table du salon, hélas, elle ne résistait pas longtemps. Vague souvenir, vague de plaisir, sur ses ondes parfumées vogue mon cœur.

la violette-
en respirant son parfum
désir de cueillette

Ce qui explique le choix de ce jour : la violette célébrée au Japon.

de Bashô

山路来て 何やらゆかし すみれ草
yamaji kite / naniyara yukashi / sumiregusa

sentier de montagne
violette - un charme
venu on ne sait d'où

*

de Ryôkan

あげ巻の 昔をしのぶ すみれ草
agemaki no / mukashi o shinobu / sumire sô

tendre souvenir :
la coiffure des enfants –
violettes en fleur

*

de Chiyojo

駈出る 駒も足嗅ぐ すみれかな
kakederu / koma mo hashi kagu / sumire kasa

les chevaux après le galop
reniflent leurs pattes
Ah ! les violettes

*

うつむいた 所が台や すみれ草
utsumuita / tokoroga dai ya / sumiregusa

tête baissée
sur l’autel du bouddha
les violettes

*

根を付て 女子の欲や すみれ草
ne o tsuite/ onnago no yoku ya/ sumire kusa

désir de femme
profondément enraciné
les violettes

*

de Naojo

la cueillir quel dommage !
la laisser quel dommage !
Ah cette violette !

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